Finistériens, le nouvel album de Christophe Miossec réalisé par Yann Tiersen vient d’arriver dans les bacs.
En son temps, Miossec a fait d’une diction faussement laborieuse un style qui ne manquait pas de charme (Crachons veux tu bien, Je ne suis plus saoul) qui fut, il faut bien l’avouer, largement pillé depuis par ses épigones officieux ; mais, son écriture actuelle sous-entend des difficultés d’émancipation moins séduisantes.
Miossec, pour paraphraser une joute présidentielle canonisée par les souverains poncifs de la lucarne tragique, n’a pas le monopole de la mélancolie, Brest n’est pas la Byzance de la débâcle sentimentale et l’alcool même transfiguré par la souffrance du chanteur n’en reste pas moins un paradis artificiel dont l’apologie perpétuelle a fini par saouler. Le binôme Bretagne = Miossec est-il un jumelage indéfectible ?
Cette affirmation identitaire pouvait convaincre dans ses premières années d’exploitation, elle lasse après plus de dix ans de bons et boyaux sévices. Miossec devrait faire une pause pour laver sa bile et retrouver un peu de foi au milieu des épaves du passé et de ses ecchymoses. Ses inquiétudes sont devenues superflues, ses suppliques éculées, il les expose au premier quidam égaré sur sa déroute, guettant le clin d’œil complice ou la tape amicale sur un dos malmené par un coude qui n’en finit pas de glisser sur le lac infini des zincs glacés. Pourtant, nous l’aimons encore, et sa ville, mille fois plus ; qu’il ne soit pas inquiété. On espère simplement qu'un jour, Miossec découvrira dans sa terre d'inspiration, sa Garonne, son Plat Pays qui lui permettront d'échapper au cours ordinaire des choses. Sa contrée native ne fera pas la sourde oreille à ses tendres invectives, alors par pitié. Pourquoi nous répéter mécaniquement la difficulté d’oublier les amours passées et les joies trépassées dans le roulis des compromis existentiels ? Son concept guimbarde a besoin d’une bonne révision, son crachin n’est plus loin du crachat.
Miossec... Un dernier pour la route, et un autre pour la déroute, et cela à longueur d’album où Christophe rempile à cours d’idées. Pendant ce temps-là, le serveur se lasse, le garçon voudrait bien baisser le rideau sur les tristes redites d’un nanard ermite qui ne semble plus croire aux errances qu’il nous conte.
Mio est à sec et nous aussi, toujours les mêmes rêves de comptoirs, toujours les mêmes grèves battues par la pluie, et même celles des ouvriers dont Christophe sait encore correctement évoquer les déboires ne nous tirent plus que des larmes d’apparat.
Quand l’amer se retire de ses plages aux viscosités vaguement nombrilistes, on compte les algues qu’une langue maltraitée par une hâtive écriture a délaissé entre les récifs d’une inspiration arrivée à expiration. Le vers est vidé et l’ivresse a des raisons que le garçon ignore, dont il se fout, dont il se lasse et nous avec lui car les heures sup’ des cafetiers smicards ne sont pas rémunérées à la douleur des clients lessivés (Seul ce que j’ai perdu , A Montparnasse)
Néanmoins, Les Joggers du Dimanche est une agréable réflexion sur la caducité de nos résolutions urbaines malgré son titre aux consonances Delermiennes, Les Hommes de Paille parlant de la précarité du monde professionnel est adroitement composée et si le prophétisme éclairé de cette sombre rengaine mérite quelques louanges discrètes, CDD, lorgnant sur le même sujet, manque de finition et s’enlise stylistiquement dans des accords de guitare cent fois déployés sur les chansons des albums précédents.
Mais bon… Traduire l’aliénation contemporaine n’étant pas la priorité thématique des chansonniers chroniqueurs de notre pays, je lève quand même mon feutre percé à la gloire de cette soudaine poussée d’âcre lucidité et m’en vais écouter le dernier fait d’arme véritablement digne du talent de Christophe Miossec, l’album 1964 où la quarantaine du loup de mer, parfaitement négociée, donnait de la beauté à ses rides approchantes. C’était il y a cinq ans, devrons-nous patienter aussi longtemps pour retrouver, boosté par la menace d’un âge symbolique, l’auteur qui autrefois savait si bien faire chavirer nos âmes ? La barque est au port, attendant sagement la clémence des ondes, espérons qu’elle ne prendra pas l’eau d’ici-là.
Didier Boudet
Finistériens (Pias) - Sortie de l'album le 14 septembre 2009
Seul ce que j'ai perdu - Les Joggers du dimanche - À Montparnasse - Les Chiens de paille - CDD - Nos plus belles années - Jésus au PMU - Haïs-moi - Fermer la maison - Loin de la foule - Une fortune de mer
Christophe Miossec (site officiel)
En son temps, Miossec a fait d’une diction faussement laborieuse un style qui ne manquait pas de charme (Crachons veux tu bien, Je ne suis plus saoul) qui fut, il faut bien l’avouer, largement pillé depuis par ses épigones officieux ; mais, son écriture actuelle sous-entend des difficultés d’émancipation moins séduisantes.Miossec, pour paraphraser une joute présidentielle canonisée par les souverains poncifs de la lucarne tragique, n’a pas le monopole de la mélancolie, Brest n’est pas la Byzance de la débâcle sentimentale et l’alcool même transfiguré par la souffrance du chanteur n’en reste pas moins un paradis artificiel dont l’apologie perpétuelle a fini par saouler. Le binôme Bretagne = Miossec est-il un jumelage indéfectible ?
Cette affirmation identitaire pouvait convaincre dans ses premières années d’exploitation, elle lasse après plus de dix ans de bons et boyaux sévices. Miossec devrait faire une pause pour laver sa bile et retrouver un peu de foi au milieu des épaves du passé et de ses ecchymoses. Ses inquiétudes sont devenues superflues, ses suppliques éculées, il les expose au premier quidam égaré sur sa déroute, guettant le clin d’œil complice ou la tape amicale sur un dos malmené par un coude qui n’en finit pas de glisser sur le lac infini des zincs glacés. Pourtant, nous l’aimons encore, et sa ville, mille fois plus ; qu’il ne soit pas inquiété. On espère simplement qu'un jour, Miossec découvrira dans sa terre d'inspiration, sa Garonne, son Plat Pays qui lui permettront d'échapper au cours ordinaire des choses. Sa contrée native ne fera pas la sourde oreille à ses tendres invectives, alors par pitié. Pourquoi nous répéter mécaniquement la difficulté d’oublier les amours passées et les joies trépassées dans le roulis des compromis existentiels ? Son concept guimbarde a besoin d’une bonne révision, son crachin n’est plus loin du crachat.
Miossec... Un dernier pour la route, et un autre pour la déroute, et cela à longueur d’album où Christophe rempile à cours d’idées. Pendant ce temps-là, le serveur se lasse, le garçon voudrait bien baisser le rideau sur les tristes redites d’un nanard ermite qui ne semble plus croire aux errances qu’il nous conte.
Mio est à sec et nous aussi, toujours les mêmes rêves de comptoirs, toujours les mêmes grèves battues par la pluie, et même celles des ouvriers dont Christophe sait encore correctement évoquer les déboires ne nous tirent plus que des larmes d’apparat.
Quand l’amer se retire de ses plages aux viscosités vaguement nombrilistes, on compte les algues qu’une langue maltraitée par une hâtive écriture a délaissé entre les récifs d’une inspiration arrivée à expiration. Le vers est vidé et l’ivresse a des raisons que le garçon ignore, dont il se fout, dont il se lasse et nous avec lui car les heures sup’ des cafetiers smicards ne sont pas rémunérées à la douleur des clients lessivés (Seul ce que j’ai perdu , A Montparnasse)
Néanmoins, Les Joggers du Dimanche est une agréable réflexion sur la caducité de nos résolutions urbaines malgré son titre aux consonances Delermiennes, Les Hommes de Paille parlant de la précarité du monde professionnel est adroitement composée et si le prophétisme éclairé de cette sombre rengaine mérite quelques louanges discrètes, CDD, lorgnant sur le même sujet, manque de finition et s’enlise stylistiquement dans des accords de guitare cent fois déployés sur les chansons des albums précédents.
Mais bon… Traduire l’aliénation contemporaine n’étant pas la priorité thématique des chansonniers chroniqueurs de notre pays, je lève quand même mon feutre percé à la gloire de cette soudaine poussée d’âcre lucidité et m’en vais écouter le dernier fait d’arme véritablement digne du talent de Christophe Miossec, l’album 1964 où la quarantaine du loup de mer, parfaitement négociée, donnait de la beauté à ses rides approchantes. C’était il y a cinq ans, devrons-nous patienter aussi longtemps pour retrouver, boosté par la menace d’un âge symbolique, l’auteur qui autrefois savait si bien faire chavirer nos âmes ? La barque est au port, attendant sagement la clémence des ondes, espérons qu’elle ne prendra pas l’eau d’ici-là.
Didier Boudet
Finistériens (Pias) - Sortie de l'album le 14 septembre 2009
Seul ce que j'ai perdu - Les Joggers du dimanche - À Montparnasse - Les Chiens de paille - CDD - Nos plus belles années - Jésus au PMU - Haïs-moi - Fermer la maison - Loin de la foule - Une fortune de mer
Christophe Miossec (site officiel)